He â đ€
CinquiĂšme lettre de lâalphabet phĂ©nicien.
Avant le E, il y avait He.
đ€ est la cinquiĂšme des vingt-deux lettres de lâalphabet phĂ©nicien. Dans cette Ă©criture consonantique, elle note le son /h/.
Son histoire est particuliĂšrement intĂ©ressante : lorsque les Grecs adaptent lâalphabet phĂ©nicien, ils conservent la lettre mais en transforment la fonction.
Une consonne deviendra une voyelle.
Une origine difficile Ă reconstituer
Comme plusieurs lettres de lâalphabet phĂ©nicien, He possĂšde une histoire qui remonte aux premiers systĂšmes alphabĂ©tiques du Proche-Orient.
Mais son origine pictographique nâest pas aussi clairement Ă©tablie que celle dâAleph ou de Beth.
Certaines traditions associent le nom He Ă la fenĂȘtre. Dâautres reconstructions des premiers signes alphabĂ©tiques rapprochent son ancĂȘtre dâune figure humaine aux bras levĂ©s, possiblement liĂ©e Ă une idĂ©e de jubilation ou dâexclamation. Les correspondances proposĂ©es entre ces signes anciens et lâalphabet phĂ©nicien restent des reconstructions et ne doivent pas ĂȘtre prĂ©sentĂ©es comme certaines.
Ce que lâon connaĂźt avec beaucoup plus de certitude est la fonction de la lettre dans lâalphabet phĂ©nicien :
đ€ reprĂ©sente la consonne /h/.
Avec He, lâimage dâorigine sâest donc largement effacĂ©e derriĂšre le signe.
De He Ă Epsilon
Lorsque les Grecs adaptent lâalphabet phĂ©nicien, ils reprennent Ă©galement sa cinquiĂšme lettre.
Mais ils lui attribuent une nouvelle fonction.
Le He phénicien, qui notait une consonne /h/, est utilisé pour représenter un son vocalique /e/ et devient la lettre grecque :
Epsilon â Î
Cette transformation fait partie dâune innovation fondamentale de lâalphabet grec : plusieurs signes consonantiques phĂ©niciens sont rĂ©utilisĂ©s pour noter explicitement des voyelles.
La lettre est ensuite transmise aux Ătrusques, puis aux Romains.
Elle devient le E latin que nous utilisons encore aujourdâhui.
đ€ â Î â E
La forme évolue relativement peu.
Sa fonction, elle, change profondément :
dâune consonne Ă une voyelle.
He et Byblos
Ă Byblos, He permet dâobserver une autre dimension de lâhistoire de lâalphabet : la transformation graphique des lettres au fil du temps.
En 1923, Pierre Montet dĂ©couvre dans la rĂ©gion des temples de Byblos un petit autel portant une inscription phĂ©nicienne dâĂ©poque romaine.
Lors de son Ă©tude, lâarchĂ©ologue et orientaliste RenĂ© Dussaud remarque prĂ©cisĂ©ment la forme particuliĂšre de He dans cette inscription. Les deux traits principaux de la lettre y apparaissent dissociĂ©s, une Ă©volution quâil compare Ă celle visible sur des monnaies antiques dâArados.
Le signe nâest donc pas restĂ© immuable.
Des inscriptions archaĂŻques aux tĂ©moignages beaucoup plus tardifs, sa forme continue dâĂ©voluer.
Ă Byblos, He tĂ©moigne ainsi de la longue durĂ©e dâune Ă©criture qui, elle aussi, sâest transformĂ©e avec le temps.
Conclusion
Avec He, lâhistoire de lâalphabet ne se rĂ©sume plus Ă lâĂ©volution dâune forme.
La cinquiĂšme lettre phĂ©nicienne đ€, qui reprĂ©sentait une consonne /h/, devient en grec Epsilon â Î, une voyelle, avant de donner naissance au E latin.
đ€ â Î â E
Un mĂȘme signe, transmis dâune langue Ă lâautre, mais utilisĂ© autrement.
