He — 𐀄

CinquiĂšme lettre de l’alphabet phĂ©nicien.

Personnage dans l’embrasure d’une fenĂȘtre de pierre ancienne, illustration de la lettre phĂ©nicienne He

Avant le E, il y avait He.

𐀄 est la cinquiĂšme des vingt-deux lettres de l’alphabet phĂ©nicien. Dans cette Ă©criture consonantique, elle note le son /h/.

Son histoire est particuliĂšrement intĂ©ressante : lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phĂ©nicien, ils conservent la lettre mais en transforment la fonction.

Une consonne deviendra une voyelle.

Une origine difficile Ă  reconstituer

Comme plusieurs lettres de l’alphabet phĂ©nicien, He possĂšde une histoire qui remonte aux premiers systĂšmes alphabĂ©tiques du Proche-Orient.

Mais son origine pictographique n’est pas aussi clairement Ă©tablie que celle d’Aleph ou de Beth.

Certaines traditions associent le nom He Ă  la fenĂȘtre. D’autres reconstructions des premiers signes alphabĂ©tiques rapprochent son ancĂȘtre d’une figure humaine aux bras levĂ©s, possiblement liĂ©e Ă  une idĂ©e de jubilation ou d’exclamation. Les correspondances proposĂ©es entre ces signes anciens et l’alphabet phĂ©nicien restent des reconstructions et ne doivent pas ĂȘtre prĂ©sentĂ©es comme certaines.

Ce que l’on connaĂźt avec beaucoup plus de certitude est la fonction de la lettre dans l’alphabet phĂ©nicien :

𐀄 reprĂ©sente la consonne /h/.

Avec He, l’image d’origine s’est donc largement effacĂ©e derriĂšre le signe.

De He Ă  Epsilon

Lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phĂ©nicien, ils reprennent Ă©galement sa cinquiĂšme lettre.

Mais ils lui attribuent une nouvelle fonction.

Le He phénicien, qui notait une consonne /h/, est utilisé pour représenter un son vocalique /e/ et devient la lettre grecque :

Epsilon — Ε

Cette transformation fait partie d’une innovation fondamentale de l’alphabet grec : plusieurs signes consonantiques phĂ©niciens sont rĂ©utilisĂ©s pour noter explicitement des voyelles.

La lettre est ensuite transmise aux Étrusques, puis aux Romains.

Elle devient le E latin que nous utilisons encore aujourd’hui.

𐀄 → Ε → E

La forme évolue relativement peu.

Sa fonction, elle, change profondément :

d’une consonne à une voyelle.

Évolution de He, d’une origine pictographique discutĂ©e liĂ©e Ă  la fenĂȘtre au signe phĂ©nicien, puis Ă  Epsilon grec et au E latin

He et Byblos

À Byblos, He permet d’observer une autre dimension de l’histoire de l’alphabet : la transformation graphique des lettres au fil du temps.

En 1923, Pierre Montet dĂ©couvre dans la rĂ©gion des temples de Byblos un petit autel portant une inscription phĂ©nicienne d’époque romaine.

Lors de son Ă©tude, l’archĂ©ologue et orientaliste RenĂ© Dussaud remarque prĂ©cisĂ©ment la forme particuliĂšre de He dans cette inscription. Les deux traits principaux de la lettre y apparaissent dissociĂ©s, une Ă©volution qu’il compare Ă  celle visible sur des monnaies antiques d’Arados.

Le signe n’est donc pas restĂ© immuable.

Des inscriptions archaĂŻques aux tĂ©moignages beaucoup plus tardifs, sa forme continue d’évoluer.

À Byblos, He tĂ©moigne ainsi de la longue durĂ©e d’une Ă©criture qui, elle aussi, s’est transformĂ©e avec le temps.

Conclusion

Avec He, l’histoire de l’alphabet ne se rĂ©sume plus Ă  l’évolution d’une forme.

La cinquiĂšme lettre phĂ©nicienne 𐀄, qui reprĂ©sentait une consonne /h/, devient en grec Epsilon — Ε, une voyelle, avant de donner naissance au E latin.

𐀄 → Ε → E

Un mĂȘme signe, transmis d’une langue Ă  l’autre, mais utilisĂ© autrement.


Explorer l’alphabet phĂ©nicien

← Daleth — 𐀃

Les 22 lettres

Waw — 𐀅 →