Daleth — 𐤃

Quatrième lettre de l’alphabet phénicien.

Porte de pierre antique ouverte sur un site archéologique, illustration de la lettre phénicienne Daleth

Avant le D, il y avait Daleth.

𐤃 est la quatrième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Sa valeur phonétique correspond au son /d/.

Son nom, Daleth, est traditionnellement associé à la porte.

Mais comme pour Gimel, il faut distinguer le nom transmis par la tradition alphabétique de l’identification exacte du pictogramme dont la lettre pourrait être issue.

Derrière Daleth, une porte ?

Les premiers alphabets utilisent des signes dont plusieurs sont issus d’images d’objets familiers.

Pour Daleth, le rapprochement avec la porte est ancien et cohérent avec son nom. Des reconstructions font dériver le signe d’un hiéroglyphe égyptien représentant une porte. Un tableau consacré aux origines du proto-sinaïtique publié dans les documents Unicode présente ainsi la séquence door → dalt → Dalet.

Cette filiation n’est toutefois pas considérée comme absolument certaine.

L’égyptologue Orly Goldwasser souligne que le signe proto-sinaïtique correspondant à D n’est pas identifié de manière sûre. Elle rappelle notamment qu’un pictogramme de poisson a également été envisagé.

Il serait donc plus juste de dire :

Daleth signifie “porte”, tandis que l’origine graphique exacte de son signe reste discutée.

Ce qui ne fait pas débat est sa fonction dans l’alphabet phénicien :

𐤃 note le son /d/.

De Daleth à Delta

Lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phénicien, Daleth devient :

Delta — Δ

Le nom se transforme, mais la lettre conserve sa quatrième position dans l’alphabet ainsi que, en grec ancien, une valeur consonantique /d/.

Sa forme, en revanche, évolue nettement.

Le signe phénicien aboutit dans l’écriture grecque à la forme triangulaire caractéristique de Delta — Δ.

Cette lettre est ensuite transmise aux alphabets utilisés en Italie. Une forme arrondie apparaît dans les alphabets grecs occidentaux puis passe par l’étrusque avant d’être adoptée dans l’écriture latine.

Elle devient finalement :

D

𐤃 → Δ → D

Daleth offre ainsi une évolution particulièrement lisible : trois formes différentes, mais une position et une valeur phonétique remarquablement stables au cours de leur transmission.

Évolution de Daleth, de la porte au signe phénicien, puis au Delta grec et à la lettre D latine

Daleth à Byblos

À Byblos, Daleth peut être observée dans l’une des grandes inscriptions royales de la ville : l’inscription de Yehimilk.

Datée paléographiquement d’environ 950 à 920 av. J.-C., cette inscription phénicienne de sept lignes provient de Byblos et est aujourd’hui conservée au musée du château de Byblos.

Dans le texte apparaît notamment le groupe :

𐤒𐤃𐤔𐤌 — QDŠM

Daleth — 𐤃 — en est la deuxième lettre.

Dans ce contexte, le terme qualifie les dieux de Byblos comme saints ou sacrés. Le texte invoque notamment Baalshamem, Baalat Gebal et l’assemblée des dieux sacrés de la cité.

Daleth n’est donc plus ici seulement une étape abstraite dans l’histoire de notre D.

C’est un signe réellement gravé dans une inscription phénicienne de Byblos il y a près de trois millénaires.

Conclusion

Avec Daleth, une porte s’ouvre sur une histoire dont tous les détails ne sont pas encore certains.

Son nom renvoie à la porte, son origine pictographique exacte reste discutée, mais sa transmission est claire :

Daleth devient Delta, puis D.

Et à Byblos, la lettre peut encore être lue dans les inscriptions laissées par les souverains de la cité.


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