Gimel — 𐤂

Troisième lettre de l’alphabet phénicien.

Bâton de jet en bois tenu dans le désert, évoquant l’origine discutée de la lettre Gimel

Avant le G, il y avait Gimel.

𐤂 est la troisième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Sa valeur phonétique correspond au son /g/.

Avec Gimel, l’histoire est moins immédiatement lisible qu’avec Aleph ou Beth.

Le nom de la lettre a été rapproché, dans la tradition sémitique, du chameau. Mais son origine pictographique n’est pas établie avec la même certitude. Certaines études proposent un signe plus ancien associé à un bâton de jet. Cette filiation reste discutée.

Une origine qui reste discutée

Les premiers alphabets reposent largement sur le principe acrophonique : un objet est représenté, son nom fournit le premier son, puis le dessin se transforme progressivement en signe d’écriture. Le Metropolitan Museum décrit ce mécanisme pour les premiers alphabets sémitiques et souligne comment les signes deviennent progressivement abstraits.

Pour Gimel, toutefois, le passage entre l’image d’origine et la lettre phénicienne 𐤂 est moins certain.

Le rapprochement avec le chameau vient du nom transmis dans les traditions sémitiques ultérieures. D’autres travaux considèrent qu’un modèle plus ancien pourrait avoir représenté un bâton de jet, avant que le nom de la lettre n’évolue.

Il serait donc excessif d’affirmer que 𐤂 représente un chameau.

Ce que l’on peut établir plus solidement est sa fonction :

Gimel est la troisième lettre de l’alphabet phénicien et note le son /g/.

Ici, l’incertitude fait partie de l’histoire.

De Gimel à Gamma

Lorsque l’alphabet phénicien est adapté par les Grecs, Gimel devient :

Gamma — Γ

Gamma conserve sa position de troisième lettre et, en grec ancien, sa valeur consonantique /g/. Le lien entre le Gimel phénicien et le Gamma grec est bien établi.

Mais la suite de l’histoire est plus complexe que pour Aleph ou Beth.

Une forme occidentale de Gamma passe dans les alphabets italiques puis étrusques. De cette tradition graphique dérive le C latin. Les Romains utilisent d’abord C dans un système où les sons /k/ et /g/ ne sont pas encore distingués graphiquement de la manière que nous connaissons aujourd’hui.

Au IIIe siècle av. J.-C., une modification de C conduit à la création de G, permettant de distinguer graphiquement les deux sons.

L’héritage de Gimel aboutit ainsi à deux lettres latines :

C et G.

𐤂 → Γ → C → G

Cette fois, la transmission ne suit pas une simple ligne droite.

Une même lettre ancienne participe à l’histoire de deux caractères de notre alphabet.

Évolution de Gimel, du bâton de jet au signe phénicien, puis au Gamma grec et aux lettres

Gimel et Byblos

Avec Gimel, le lien avec Byblos apparaît directement dans le nom ancien de la ville.

Dans les inscriptions phéniciennes, Byblos est désignée sous la forme GBL.

La première consonne est G — celle de Gimel.

L’inscription d’Ahiram comporte ainsi la formule MLK GBL, « roi de Byblos ». Le même groupe GBL apparaît également dans d’autres inscriptions royales de la cité.

Gimel n’est donc pas seulement une lettre attestée dans l’écriture utilisée à Byblos.

Elle ouvre aussi, phonétiquement, le nom ancien de la ville :

GBL — Gebal.

Un signe de trois traits, au commencement d’un nom transmis pendant des millénaires.

Gimel raconte une histoire moins évidente qu’Aleph ou Beth.

Son origine pictographique reste discutée, mais sa transmission est particulièrement bien visible : Gimel devient Gamma, puis participe à l’histoire des lettres C et G.

À Byblos, cette troisième lettre apparaît également au seuil même du nom ancien de la cité : GBL.


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