Zayin — 𐤆
Septième lettre de l’alphabet phénicien.
Avant le Z, il y avait Zayin.
Zayin est la septième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Dans cette écriture consonantique, elle note le son /z/.
Le nom Zayin est traditionnellement rapproché d’un terme sémitique lié à l’arme ou à l’armement. Mais cela ne permet pas d’identifier avec certitude l’objet qui se trouvait à l’origine graphique du signe.
Plusieurs reconstructions ont été proposées pour ses formes anciennes, notamment un objet métallique pouvant évoquer une lame, mais aussi une entrave ou un lien. L’origine pictographique exacte reste donc discutée.
Avec Zayin, la transmission ultérieure est en revanche beaucoup plus lisible.
La septième lettre phénicienne donnera naissance au Zêta grec — Ζ, puis participera à l’histoire du Z latin.
Que représentait Zayin ?
Dans les premières écritures alphabétiques, plusieurs signes conservent encore une relation avec des objets du monde concret.
Pour Zayin, cet objet d’origine n’est pas identifié avec certitude.
Le nom transmis par la tradition sémitique est associé à l’idée d’arme. Plusieurs interprétations ont été proposées pour les formes anciennes du signe, mais elles ne permettent pas de reconstituer avec certitude un pictogramme unique.
Il serait donc trop affirmatif de présenter Zayin comme la simple stylisation d’une épée, d’un poignard ou de toute autre arme précise.
L’origine pictographique de Zayin reste discutée.
Ce qui est beaucoup mieux établi est sa fonction dans l’alphabet phénicien : Zayin (𐤆) occupe la septième position et note la consonne /z/.
À partir de ce stade, nous quittons le terrain des reconstructions pictographiques pour suivre une transmission alphabétique beaucoup mieux documentée.
De Zayin à Zêta, puis Z
Lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phénicien à leur langue, Zayin est repris sous la forme de Zêta — Ζ.
Le lien historique entre Zayin et Zêta est bien établi, même si la valeur phonétique de Zêta dans les différentes périodes du grec ancien est plus complexe que celle du /z/ moderne.
La transmission se poursuit ensuite vers les alphabets de l’Italie ancienne, puis vers le latin.
L’histoire du Z latin connaît cependant une particularité : la lettre appartient aux premières formes de l’alphabet latin, puis cesse d’être utilisée lorsque le son correspondant disparaît du latin ancien.
Plus tard, les Romains réintroduisent Z, avec Y, afin de transcrire plus fidèlement des mots empruntés au grec.
Sa place ancienne dans l’alphabet ayant entre-temps été occupée, Z est alors placé à la fin de l’alphabet latin.
La transmission peut donc se résumer ainsi :
Zayin — 𐤆 → Zêta — Ζ → Z
Une lettre issue de la septième position de l’alphabet phénicien se retrouve ainsi, après une histoire faite de transmission, d’abandon et de réintroduction, à la dernière place de notre alphabet.
Zayin et Byblos
À Byblos, Zayin est attesté dans les anciennes inscriptions royales phéniciennes.
Un exemple apparaît dans l’inscription du roi Yehimilk, l’une des inscriptions archaïques de Byblos, généralement située au début du Ier millénaire av. J.-C.
Dans le texte apparaît notamment le groupe translittéré ZBNY.
La première consonne correspond à Zayin (𐤆).
Dans cette inscription, le Z initial est analysé comme un élément grammatical introduisant ce que Yehimilk, roi de Byblos, affirme avoir construit ou restauré.
Zayin n’est donc pas seulement une lettre conservée dans un tableau alphabétique.
À Byblos, elle apparaît dans une langue réellement gravée sur la pierre, au sein des inscriptions utilisées par les souverains de la cité.
Conclusion
Avec Zayin, l’histoire d’une lettre prend une trajectoire singulière.
Son origine pictographique demeure discutée, mais sa fonction dans l’alphabet phénicien est claire : Zayin (𐤆) note la consonne /z/.
Transmise au monde grec, elle devient Zêta — Ζ, puis entre dans l’histoire de l’alphabet latin.
Zayin — 𐤆 → Zêta — Ζ → Z
Le latin ancien finira par abandonner cette lettre avant de la réintroduire plusieurs siècles plus tard pour écrire des mots venus du grec.
C’est ainsi qu’une lettre issue de la septième position de l’alphabet phénicien se retrouve aujourd’hui à la dernière place de notre alphabet.
