Waw — 𐤅

Sixième lettre de l’alphabet phénicien.

Crochet en bois ancien évoquant le nom traditionnellement associé à la lettre phénicienne Waw

Avant le F, le U, le V ou le W, il y avait Waw.

𐤅 est la sixième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Elle note une consonne correspondant au son /w/.

Son nom, Waw, est traditionnellement associé à l’idée d’un crochet ou d’une cheville. Mais cela ne signifie pas nécessairement que son ancêtre pictographique représentait simplement un crochet. Plusieurs prototypes ont été proposés pour les formes les plus anciennes du signe : une massue, une rame, une crosse ou encore un objet d’attache. Leurs silhouettes proches ont pu être réinterprétées par les premiers utilisateurs de l’alphabet comme différentes formes de crochet. L’origine graphique exacte de Waw reste donc discutée.

Avec Waw, l’histoire devient surtout remarquable après le phénicien.

Une seule lettre va participer à la naissance de plusieurs caractères de nos alphabets modernes.

Du signe à la consonne

Dans les premières écritures alphabétiques, les signes conservent encore une relation visible avec des images ou des objets du monde concret.

Pour Waw, cette relation est difficile à ramener à un seul objet.

Certaines formes anciennes ont été rapprochées de hiéroglyphes représentant une massue, une rame ou une crosse. D’autres recherches ont proposé un objet d’attache utilisé dans le monde cananéen. Ces différentes formes partagent une silhouette suffisamment proche pour avoir pu être comprises comme des variantes d’un crochet ou d’une cheville, conformément au nom transmis par la tradition sémitique.

Il faut donc distinguer deux choses :

le nom de Waw est associé au crochet ou à la cheville ; son prototype pictographique exact reste discuté.

Au cours de la transformation progressive de ces signes apparaît la forme phénicienne :

𐤅

Dans l’alphabet phénicien, Waw occupe la sixième position et représente la consonne /w/.

À partir de ce stade, nous quittons le terrain des hypothèses pictographiques pour une histoire alphabétique beaucoup mieux documentée.

De Waw à plusieurs lettres

Lorsque les Grecs empruntent l’alphabet phénicien, Waw connaît une histoire singulière.

Une première adaptation conserve sa valeur consonantique /w/ :

Digamma — Ϝ

Cette lettre archaïque occupe initialement la sixième position de l’alphabet grec. Son usage phonétique disparaît ensuite de nombreux dialectes grecs, mais son histoire se poursuit ailleurs. Cambridge confirme que le digamma, ou wau, appartient aux lettres utilisées dans les alphabets grecs anciens.

Transmis par les alphabets grecs occidentaux et italiques, Digamma est à l’origine du :

F latin

Mais Waw connaît également une seconde descendance grecque, à travers :

Upsilon — Υ

Cette branche contribue à la formation du V latin. U et W seront distingués du V beaucoup plus tard, au cours de l’histoire de l’écriture latine. Le Y latin, quant à lui, sera emprunté ultérieurement au grec Upsilon.L’histoire de Waw ne tient donc pas dans une seule ligne :

𐤅 → Ϝ → F

et

𐤅 → Υ → V → U / W

avec Y également issu de la branche grecque d’Upsilon.

Une seule lettre phénicienne se trouve ainsi à l’origine de plusieurs caractères encore utilisés quotidiennement.

Évolution de Waw depuis plusieurs prototypes pictographiques discutés vers la lettre phénicienne, puis vers Digamma, Upsilon et leurs descendants latins

Waw et Byblos

À Byblos, Waw apparaît clairement dans l’une des inscriptions phéniciennes les plus importantes de la ville : celle du sarcophage d’Ahiram.

Sur la longue inscription gravée sur le couvercle, plusieurs groupes commencent par W.

Dans la transcription publiée du texte apparaissent notamment :

W’L — WSKN — WTM’

Le W correspond ici à la lettre Waw — 𐤅.

Dans ces passages, Waw remplit notamment une fonction de liaison que les traductions rendent par « et ».

La sixième lettre n’est donc pas seulement présente comme un caractère isolé.

Elle participe directement à la construction d’un texte phénicien gravé à Byblos il y a près de trois millénaires.

Le sarcophage d’Ahiram appartient à cet ensemble d’inscriptions qui relie matériellement Byblos à l’histoire et à la diffusion de l’alphabet phénicien, un lien que souligne également l’UNESCO.

Conclusion

Waw possède une descendance exceptionnelle.

La lettre phénicienne 𐤅, utilisée pour noter /w/, devient dans le monde grec Digamma — Ϝ et participe parallèlement à l'histoire d’Upsilon — Υ.

De ces deux branches émergeront plusieurs lettres de l’alphabet latin :

F, U, V, W et Y.

Avec Waw, la transmission de l’alphabet apparaît pour ce qu’elle est réellement : non pas une succession parfaitement linéaire, mais une histoire faite d’adaptations, de bifurcations et de transformations.


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