Waw — 𐤅

Sixième lettre de l’alphabet phénicien.

Crochet en bois ancien évoquant l’origine discutée de la lettre phénicienne Waw

Avant le F, le U, le V ou le W, il y avait Waw.

𐤅 est la sixième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Elle note une consonne correspondant au son /w/.

Son nom, Waw, est généralement rapproché d’un crochet ou d’une cheville. Dans les écritures alphabétiques plus anciennes, les formes proposées pour son ancêtre ont également été interprétées comme un bâton, une massue ou une cheville. La reconstitution exacte du pictogramme initial reste cependant moins assurée que la fonction de la lettre elle-même.

Avec Waw, l’histoire devient surtout remarquable après le phénicien.

Une seule lettre va participer à la naissance de plusieurs caractères de nos alphabets modernes.

Du signe à la consonne

Dans les premiers alphabets sémitiques, les signes évoluent progressivement d’images reconnaissables vers des formes plus abstraites.

Pour Waw, le nom transmis dans les traditions sémitiques est associé à l’idée de crochet ou de cheville.

Au cours de cette transformation graphique apparaît le signe phénicien :

𐤅

Dans l’alphabet phénicien, Waw occupe la sixième position et représente le son consonantique /w/. Cette valeur sera déterminante lorsque la lettre sera adaptée par les Grecs.

De Waw à plusieurs lettres

Lorsque les Grecs empruntent l’alphabet phénicien, Waw connaît une histoire singulière.

Une première adaptation conserve sa valeur consonantique /w/ :

Digamma — Ϝ

Cette lettre archaïque occupe initialement la sixième position de l’alphabet grec. Son usage phonétique disparaît ensuite de nombreux dialectes grecs, mais son histoire se poursuit ailleurs. Cambridge confirme que le digamma, ou wau, appartient aux lettres utilisées dans les alphabets grecs anciens.

Transmis par les alphabets grecs occidentaux et italiques, Digamma est à l’origine du :

F latin

Mais Waw connaît également une seconde descendance grecque, à travers :

Upsilon — Υ

Cette branche participe à l’histoire des formes qui donneront notamment les lettres latines V, puis plus tard U et W. Le Y latin, quant à lui, sera emprunté ultérieurement au grec Upsilon.

L’histoire de Waw ne tient donc pas dans une seule ligne :

𐤅 → Ϝ → F

et

𐤅 → Υ → V → U / W

avec Y également issu de la branche grecque d’Upsilon.

Une seule lettre phénicienne se trouve ainsi à l’origine de plusieurs caractères encore utilisés quotidiennement.

Évolution de Waw, d’un crochet ou d’une cheville à la lettre phénicienne, puis à Digamma, Upsilon et leurs descendants latins

Waw et Byblos

À Byblos, Waw apparaît clairement dans l’une des inscriptions phéniciennes les plus importantes de la ville : celle du sarcophage d’Ahiram.

Sur la longue inscription gravée sur le couvercle, plusieurs groupes commencent par W.

Dans la transcription publiée du texte apparaissent notamment :

W’L — WSKN — WTM’

Le W correspond ici à la lettre Waw — 𐤅.

Dans ces passages, Waw remplit notamment une fonction de liaison que les traductions rendent par « et ».

La sixième lettre n’est donc pas seulement présente comme un caractère isolé.

Elle participe directement à la construction d’un texte phénicien gravé à Byblos il y a près de trois millénaires.

Le sarcophage d’Ahiram appartient à cet ensemble d’inscriptions qui relie matériellement Byblos à l’histoire et à la diffusion de l’alphabet phénicien, un lien que souligne également l’UNESCO.

Conclusion

Waw possède une descendance exceptionnelle.

La lettre phénicienne 𐤅, utilisée pour noter /w/, devient dans le monde grec Digamma — Ϝ et participe parallèlement à l'histoire d’Upsilon — Υ.

De ces deux branches émergeront plusieurs lettres de l’alphabet latin :

F, U, V, W et Y.

Avec Waw, la transmission de l’alphabet apparaît pour ce qu’elle est réellement : non pas une succession parfaitement linéaire, mais une histoire faite d’adaptations, de bifurcations et de transformations.


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