Nun — 𐤍

Quatorzième lettre de l’alphabet phénicien.

Pêcheur phénicien vendant des rougets près de son bateau dans le port de Byblos

Avant le N, il y avait Nun.

Nun est la quatorzième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Dans cette écriture consonantique, elle note le son /n/.

Son histoire ancienne présente une particularité : le nom de la lettre et le prototype graphique proposé ne semblent pas nécessairement désigner le même objet.

Le nom Nun est traditionnellement associé au poisson. Mais dans une reconstruction importante des signes proto-sinaïtiques, l’ancêtre graphique de la lettre est rapproché de deux hiéroglyphes égyptiens représentant des serpents. Pluto

Avec Nun, il faut donc éviter une équivalence trop simple entre le nom de la lettre et l’image dont son signe pourrait provenir.

La suite de son histoire est en revanche beaucoup plus claire : Nun — 𐤍 devient le Nu grec — Ν, puis participe directement à la formation du N latin.Avant le N, il y avait Nun.

Nun est la quatorzième des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Dans cette écriture consonantique, elle note le son /n/.

Son histoire ancienne présente une particularité : le nom de la lettre et le prototype graphique proposé ne semblent pas nécessairement désigner le même objet.

Le nom Nun est traditionnellement associé au poisson. Mais dans une reconstruction importante des signes proto-sinaïtiques, l’ancêtre graphique de la lettre est rapproché de deux hiéroglyphes égyptiens représentant des serpents.

Avec Nun, il faut donc éviter une équivalence trop simple entre le nom de la lettre et l’image dont son signe pourrait provenir.

La suite de son histoire est en revanche beaucoup plus claire : Nun — 𐤍 devient le Nu grec — Ν, puis participe directement à la formation du N latin.

Entre serpent et poisson

Les premiers alphabets utilisent des signes dont plusieurs dérivent d’images empruntées au monde concret.

Pour Nun, l’identification de cette image demande cependant une distinction particulière.

Dans son étude du corpus proto-sinaïtique, l’égyptologue Orly Goldwasser rapproche le signe correspondant à /n/ de deux hiéroglyphes égyptiens représentant des serpents, très fréquents dans les inscriptions du Sinaï. Ces deux signes possédaient des valeurs différentes en égyptien, mais auraient été réinterprétés par les utilisateurs sémitiques pour représenter le son /n/.

Parallèlement, le nom traditionnel transmis pour la lettre est Nun, généralement associé au poisson. Goldwasser souligne elle-même cette différence entre le prototype graphique proposé et le sens du nom de la lettre.

Il serait donc trop affirmatif de présenter Nun comme la simple stylisation d’un poisson.

Le nom Nun est associé au poisson, tandis qu’une reconstruction importante de son ancêtre pictographique privilégie le serpent.

Ce qui est beaucoup mieux établi est sa fonction alphabétique : Nun — 𐤍 occupe la quatorzième position de l’alphabet phénicien et note la consonne /n/.

À ce stade, le signe est devenu une lettre abstraite et sa valeur phonétique est beaucoup plus sûre que l’histoire précise de son image d’origine.

De Nun à Nu, puis N

Lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phénicien à leur langue, ils reprennent Nun.

La lettre devient :

Nu — Ν

Elle conserve la valeur consonantique /n/.

Sa position change cependant : Nun est la quatorzième lettre de l’ordre phénicien, tandis que Nu occupe aujourd’hui la treizième position de l’alphabet grec, notamment en raison de la disparition de certaines lettres archaïques de la série grecque.

La transmission se poursuit ensuite vers les alphabets de l’Italie ancienne, puis vers le latin.

La forme évolue, mais la fonction consonantique demeure remarquablement stable.

La filiation peut ainsi se résumer :

Nun — 𐤍 → Nu — Ν → N

Contrairement à He, Waw ou Heth, Nun ne connaît donc pas une profonde transformation de fonction : à travers cette longue transmission, la lettre reste essentiellement associée au son /n/.

Évolution de Nun depuis une origine pictographique discutée associée au serpent, tandis que son nom renvoie au poisson, vers la lettre phénicienne Nun, le Nu grec et le N latin

Nun et Byblos

À Byblos, Nun apparaît clairement dans l’une des inscriptions les plus importantes de la ville : celle du sarcophage du roi Ahiram.

L’inscription phénicienne, datée paléographiquement par DEAPS autour de 1000–975 av. J.-C., est gravée sur le sarcophage aujourd’hui conservé au Musée national de Beyrouth.

Dès la première ligne apparaît le groupe :

BN

Ce mot signifie « fils ».

Dans la formule introductive de l’inscription, Ittobaal est présenté comme le fils d’Ahiram. DEAPS donne bien dans le texte le groupe BN, immédiatement suivi du nom d’Ahiram, et traduit l’ensemble par « Ittobaal, son of Ahiram ».

La seconde consonne de BN correspond à Nun — 𐤍.

Nun se trouve ainsi au cœur d’un mot particulièrement simple mais essentiel dans une inscription royale : la filiation.

À Byblos, la lettre n’est donc pas seulement une étape dans l’histoire abstraite de l’alphabet.

Elle appartient à une phrase réellement gravée dans la pierre, utilisée pour nommer le lien entre un roi et son père.

Conclusion

Avec Nun, l’histoire de l’alphabet rappelle qu’il faut parfois distinguer le nom d’une lettre de l’image qui a pu inspirer son signe.

Le nom Nun est traditionnellement associé au poisson, tandis qu’une reconstruction importante des premières formes alphabétiques rapproche son prototype graphique du serpent.

Sa fonction phénicienne est en revanche parfaitement lisible : Nun — 𐤍 note la consonne /n/.

Transmise au monde grec, elle devient Nu — Ν, puis participe à la formation du N latin.

Nun — 𐤍 → Nu — Ν → N

Sur plus de trois millénaires de transmission, sa forme évolue, mais sa fonction phonétique reste remarquablement stable.


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Sources et références

Orly Goldwasser — Canaanites Reading Hieroglyphs: Horus is Hathor? The Invention of the Alphabet in Sinai
Étude de référence sur l’origine des premiers signes alphabétiques. Pour Nun, Goldwasser distingue le nom traditionnel associé au poisson d’un prototype graphique rapproché de signes égyptiens représentant des serpents. Ägypten und Levante, vol. 16, p. 121–160. The Hebrew University of Jerusalem

Unicode Consortium — The Unicode Standard, Phoenician
Référence pour la place du phénicien dans l’histoire des systèmes d’écriture et sa transmission vers les alphabets grec, italiques et latin. Unicode

DEAPS — Digital Editions of Aramaic and Phoenician Sources, KAI 001, inscription d’Ahiram
Édition académique de l’inscription du sarcophage d’Ahiram à Byblos. Elle documente notamment la formule présentant Ittobaal comme « son of Ahiram », avec le groupe BN, dont la seconde consonne est Nun. La base situe paléographiquement l’inscription vers 1000–975 av. J.-C.