Aleph — 𐤀
Première lettre de l’alphabet phénicien
Avant le A, il y avait Aleph.
𐤀 est la première des vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien. Son nom, Aleph, désigne le bœuf.
Derrière cette forme devenue abstraite se trouve une image beaucoup plus ancienne : celle d’une tête de bovin.
Du bœuf à la lettre
Aleph appartient à une histoire de l’écriture qui commence avant l’alphabet phénicien.
Au début du IIe millénaire av. J.-C., des inscriptions alphabétiques découvertes dans le Sinaï et en Égypte utilisent des signes inspirés de formes reconnaissables. Selon le principe dit acrophonique, l'image représente un mot dont le premier son donne sa valeur au signe.
Pour Aleph, ce mot est celui du bœuf, ’elep.
Le signe représente alors une tête de bovin et note une consonne.
Avec le temps, cette représentation se transforme et devient de plus en plus abstraite. Dans l’alphabet phénicien, elle prend la forme 𐤀.
D’une image est né un signe d’écriture.
D’Aleph à Alpha
À partir du Ier millénaire av. J.-C., l’écriture phénicienne est attestée bien au-delà du Levant, sur différentes rives de la Méditerranée.
Lorsque les Grecs adaptent l’alphabet phénicien à leur propre langue, ils reprennent également l'ordre et le nom de plusieurs lettres.
Aleph devient Alpha — Α.
Sa fonction change cependant : le signe phénicien notait une consonne, tandis que les Grecs utilisent Alpha pour noter une voyelle.
L’alphabet grec est ensuite transmis et transformé dans le monde étrusque, puis romain.
De cette longue histoire descend notre A.
𐤀 → Α → A
Trois formes qui appartiennent à des langues et à des époques différentes, mais à une même histoire de transmission de l’écriture.
Aleph et Byblos
Byblos occupe une place particulière dans cette histoire.
Plusieurs inscriptions phéniciennes découvertes dans la ville constituent des témoins majeurs de l’usage de cette écriture. Parmi elles figurent les inscriptions associées aux rois Ahiram, Yehimilk, Elibaal et Shaphatbaal.
L’inscription du sarcophage du roi Ahiram, découvert dans la nécropole royale de Byblos, est aujourd’hui conservée au Musée national de Beyrouth.
C’est notamment pour cet ensemble de témoignages que l’UNESCO considère Byblos comme « directement et matériellement associée à l’histoire de la diffusion de l’alphabet phénicien ».
À Byblos, Aleph appartient ainsi à une histoire qui dépasse largement celle d’un seul signe.
Celle de la transmission d’un système d’écriture dont les transformations se poursuivront autour de la Méditerranée.
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